Selected Poems

 
 
Selected Poems of
Andrée Chedid
(Mellen Press, 1995)

Paysages
La Voix
Le Poème Final
La Femme des Longues Patiences


PAYSAGES


Derrière le visage et le geste

Les êtres taisent leur réponse

Et la parole dite alourdie

De celles qu'on ignore ou qu'on tait

Devient trahison


Je n'ose parler des hommes je sais si

Peu de moi


Mais le Paysage


Livré à mes yeux pour son reflet qui

Est aussi son mensonge glisse dans

Mes mots j'en parle sans remords

Reflet qui est moi-même et le visage

Des hommes mon unique tourment


Je parle de Désert sans quiétude

Sillonné des tourmentes du vent

Soulevé aux entrailles


Aveuglé de ses sables

Laissé aux solitudes sans toit

Jaune comme la mort

Qui parchemine

Face contre le soleil


Je parle

Des pas de l'homme si rares

En son aridité

Mais chéris comme le refrain

Jusqu'à l'autre passage

Du vent jaloux


Et de l'oiseau si rare

Qui de son ombre fuyante

Panse les blessures que donne le soleil


Et de l'arbre et de l'eau

Que l'on nomme Oasis

Du nom d'une femme aimée


Et je parle de la Mer rapace qui reprend

Les coquillages aux grèves

Les vagues aux enfants


Mer sans visage

Aux cent visages de noyés

Qu'elle enroule d'algues

Rend glauques et glissants

Comme les bêtes marines


Mer insensée telle une histoire sans fin

Détachée de l'angoisse

Pleine de contes de mort


Et je parle de vallées ouvertes

Aux pas fertiles de l'homme

Au désordre de la fleur


De cimes confinés


De montagnes de clarté

Que dévore la fauve course des sapins


Et des sapins qui savent

L'accueil des lacs

La noirceur des sols

Et les sentiers qui errent


Échos de ces visages

Qui hantent nos matins.

 


LANDSCAPES


Behind faces and gestures

We remain mute

And spoken words heavy

With what we ignore or keep silent

Betray us


I dare not speak for mankind

I know so little of myself


But the Landscape


I see as a reflection

Is also a lie stealing into

My words    I speak without remorse

Of this image of myself

And mankind    my unequaled torment


I speak of Desert without repose

Carved by relentless winds

Torn up from its bowels


Blinded by sands

Unsheltered solitary

Yellow as death

Wrinkled like parchment

Face turned to the sun.


I speak

Of men's passing

So rare in this arid land

That it is cherished like a refrain

Until the return

Of the jealous wind


And of the bird, so rare,

Whose fleeting shadow

Soothes the wounds made by the sun


And of the tree and the water

Named Oasis

For a woman's love


I speak of the voracious Sea

Reclaiming shells from beaches

Waves from children


The faceless Sea

Its hundreds of drowned faces

Wrapped in seaweed

Slippery and green

Like creatures of the deep


The reckless Sea, unfinished story,

Removed from anquish

Full of death tales


I speak of open valleys

Fertile at men's feet

Overgrown with flowers


Of captive summits


Of mountains, of clear skies

Devoured by untamed evergreens


And of trees that know

The welcome of lakes

Black earth

Errant pathways


Echoes of the faces

Haunting our days.


LA VOIX


Où es-tu ma voix lointaine

Toi qui parles comme mon âme


Enfouie sous le jour et les rumeurs

Sous l'or et les saisons


Sous les plaintes de la rue

Et le ferment des villes


Dans mon tombeau de soucis

Et de rire blond


Entre quelle nudité dois-je murer mon corps

Pour que vienne la voix

Qui parle comme mon âme?

 


THE VOICE


Where is the distant voice

That speaks like my soul?


Buried beneath daylight's clamor

Gold and the seasons


Beneath groaning streets

And the ferment of cities


In my grave of care

And blond laughter


In what bare tomb must I lie

To summon the voice

That speaks like my soul?


LE POÈME FINAL


J'ai une forge dans le coeur.

Je sens plus pourpre que l'aurore,

Plus noyé que l'algue,

Plus lointain que la mouette,

Plus creux que les puits.

Mais je ne donne naissance

Qu'à l'écaille et qu'aux grains.


Ma langue se prend aux mots:

Je n'exprime plus blanc,

Je ne dis plus noir;

A peine le gris d'une falaise rongée,

Le bref vertige d'une ombre,

L'hirondelle entrevue

Et l'iris deviné.


Où sont les justes paroles,

Le feu sans agonie,

Le poème final?

En quel lieu est la vie?

 


THE FINAL POEM


A forge burns in my heart.

I am redder than dawn,

Deeper than seaweed,

More distant than gulls,

More hollow than wells.

But I only give birth

To seeds and to shells.


My tongue becomes tangled in words:

I no longer speak white,

Nor utter black,

Nor whisper gray of a wind-worn cliff,

Barely do I glimpse a swallow,

A shadow's brief glimmer,

Or guess at an iris.


Where are the words,

The undying fire,

The final poem?

The source of life?


LA FEMME DES LONGUES PATIENCES


Dans les sèves

Dans sa fièvre

Écartant ses voiles

Craquant ses carapaces

Glissant hors de ses peaux


La femme des longues patiences

se met

lentement

au monde


Dans ses volcans

Dans ses vergers

Cherchant cadence et gravitations

Étreignant sa chair la plus tendre

Questionnant ses fibres les plus rabotées


La femme des longues patiences

Se donne

lentement

le jour.

 


THE EVER-PATIENT WOMAN



In the flowing sap

In her growing fever

Parting her veils

Cracking out of her shells

Sliding out of her skins


The ever-patient woman

Slowly

gives herself

life


In her volcanoes

In her orchards

Seeking solidity and measure

Clasping her most tender flesh

Straining every fine-honed fiber


The ever-patient woman

Slowly

gives herself

light.

cochran@denison.edumailto:cochran@denison.edushapeimage_3_link_0